Demain la télé-connectée : entre challenges et défis pour imposer la « Social TV »

Demain la télé-connectée : entre challenges et défis pour imposer la « Social TV »

Ecrit par JR le 9 janvier 2012

Sujet: V-marketing

Il semblerait que cette fois-ci nous y sommes. Mais où ? À la veille d’un nouveau modèle pour la télévision bien sûr. Attendue pour 2011, c’est finalement en 2012 que la télévision devrait connaître des changements majeurs.

Car si 2012 devrait marquer un premier recul pour le livre et la presse de manière général, avec l’essor des tablettes et des livres numériques, ce sera une année charnière pour la vidéo. Digitale d’abord, avec une part du trafic web en forte croissance pour la vidéo (Cisco annonce que 90% du trafic web sera généré en 2013 par la vidéo) et télévisée ensuite, toujours grâce aux tablettes et smartphones devenus des second écrans de télévision d’appoint très utilisés faisant disparaître la barrière d’unité de temps et d’unité de lieux pour regarder nos programmes télévisés préférés.
Mais si, justement 2011, était l’année des seconds écrans, c’est bien la façon de regarder la télévision avec sa tablette et son écran principal dont il sera question en 2012.

Tous les acteurs s’y préparent depuis un moment, les technologies sont prêtes et de nouvelles façons de consommer la télévision sont entrain d’apparaître ci et là. Qu’est-ce qui coince alors ?

Plusieurs facteurs expliquent ce retard qui donne un léger goût d’arlésienne à la “télé-connectée” ou aux télévisions dites “intelligentes”. D’abord l’essor rapide des tablettes et de l’iPad en tête de file. Il a donné le ton pour les trois années après sa sortie (2010, 2011, 2012), mettant en arrière plan temporairement la télévision. Mais la tablette a aussi permis un essor rapide de la télévision en dehors du salon et du plasma, donnant l’envie aux français de préférer regarder la télévision sur leur smartphone, plutôt que sur leur grand écran. Cette perte de confort fait gagner en souplesse, et c’est bien ici qu’a lieu le plus gros changement pour la télévision : la façon de la regarder.

Car si le nombre de téléviseurs par foyer augmente d’année en année et le temps passé devant, devient de plus en plus important, la façon dont on regarde la télévision a profondément changé depuis sa démocratisation dans les années 60. De média de masse, que l’on regardait en famille, la télé est devenue un média de niche avec des chaînes thématiques et des programmes spéciaux dans les années 90 et 2000. Aujourd’hui, la télé se regarde seul, bien souvent comme média complémentaire à une autre activité (se nourrir ou surfer sur le web sont les deux principales activités qui accompagnent notre écoute de la télévision). La télévision ne se regarde plus forcément en direct, mais quand on le désire, grâce aux multiples services qui se sont développés ses dernières années (magnétoscope numérique dans nos box ADSL, catch-up TV sur une semaine des principaux programmes, VOD pour les séries et les films, podcasts pour les programmes d’information). Enfin, la télévision ne se regarde plus dans le salon, mais partout et de plus en plus en déplacement. La télévision est devenue un média de consommation à la demande.
Ces changements de la consommation du média TV se sont fait avec la révolution numérique. Et finalement le monde digital et celui de la télévision ne devrait faire plus qu’un dans les années à venir, effaçant la frontière entre pure players (les médias 100% digitaux) et les médias classiques. Mais si la télévision s’est déjà invitée sur le web et sur les appareils mobiles, Internet ne s’est pas encore invité dans la télévision.

Internet a complètement bouleversé la diffusion de l’information et de la culture. Cette révolution numérique s’abat aujourd’hui sur le monde de la télévision. Si il aura fallu peu de temps pour changer une industrie entière comme celle de la musique, en terme de distribution, d’habitude de consommation et de valorisation, la révolution de la télévision s’avère un plus compliquée tant son système de fonctionnement ultra stratifié par régions et complexe sera plus difficile à déstabiliser. Mais si le numérique y parvient -et il y parviendra- ce virage s’avèrera aussi plus rude pour les acteurs historiques du marché de la télévision. Installés en haut de la pyramide, la chute risque d’être difficile et douloureuse si les virages sont mal amorcés.
Mais contrairement à la musique, les acteurs historiques de la télévision ont compris les enjeux du web et l’uniformisation à terme de la vidéo digitale et de la télévision. Leurs investissements et acquisitions montrent qu’en coulisse ils s’agitent et n’ont pas pour ambition de laisser leur part de gâteau aux géants Apple et Google et aux nouveaux acteurs issus du web. Mais auront-ils le choix face à des rouleaux compresseurs aux comptes en banques remplis qui tendent à uniformiser le marché de la télévision ?

Sur son Blog “Meta-Média”, France Télévisions revient sur les changements qui sont entrain d’avoir lieu dans la télévision et les caps qui l’attende et qu’elle devra surmonter. Parmi ces changements, Meta-Media liste 10 nouveaux indicateurs liés au fonctionnement et à l’usage de la télévision chez les téléspectateurs que doivent surmonter les géants de la TV. Les voici :

1. Explosion de l’offre Fin des monopoles de la production et de la diffusion, effondrement des barrières à l’entrée, abondance de nouvelles offres meilleur marché qui séduisent, désintermédiation et nouveaux intermédiaires, recul des revenus traditionnels, nouveaux rapports de force.

2. Nouveaux usages Rapides et profonds changements générationnels dans le mode d’accès à l’information, la culture et le divertissement, consommés à la demande.

3. Primat de la technologie, de l’expérience sur le contenu — qui n’est plus roi–, et de l’accès sur la possession. Le message, c’est de plus en plus le médium.

4. Démocratisation et prise de pouvoir du public, qui contribue, interagit, programme, coproduit, assemble, commente, recommande, partage.

5. Atomisation des contenus, fragmentation des audiences.

6. Dématérialisation et disparition progressive des supports physiques, piratage facilité par l’usage généralisé du réseau.

7. Déflation Désintégration des modèles économiques non transposables, modèles de rechange introuvables alors que la demande croît, course à l’attention et au temps de cerveau disponible, migration et éparpillement de la publicité captée par d’autres –souvent à l’étranger–, inquiétudes sur le financement de la création.

8. Bataille pour le contact direct avec l’utilisateur, dont les données sont commercialisées.

9. Certitude et rapidité du changement, de la propagation et de l’appropriation de nouvelles technologies en rupture, instabilité des processus, internationalisation des marchés, marques globales.

10. Conservatisme, défiance, rejet Sidération et crispation des dirigeants face à la complexité du nouveau paysage, inquiétude des personnels mal armés, résistance corporative et culturelle au changement, impuissance des politiques dépassés, — souvent tous digital tardifs !

Les enjeux pour la télévision se concentrent donc sur la diffusion du contenu et la façon dont il est aujourd’hui consommé par les téléspectateurs essentiellement centré sur la recherche de contenu -et non plus sur ce que les chaînes imposent- ainsi que la recommandation de programmes auprès de leur entourage.

Cette nouvelle façon de consommer le média TV devrait être prochainement accompagné d’un nouveau modèle pour la télévision. D’abord un changement dans la définition même de l’appareil, le téléviseur et ensuite dans son modèle d’interaction, de contenus, mais aussi et surtout dans son fonctionnement même et son business-model. 2012 sera-t-elle l’année des télé-connectées et des Social-TV ? Mais qu’est-ce donc exactement ?

La télé-connectée, une affaire d’ergonomie, d’expérience utilisateur et d’applications

On pourrait grossièrement résumer la télé-connectée aux appareils arrivés en masse cette année sur le marché. Reliées à Internet, ces TV proposent une interface adaptée pour surfer sur le web, une boutique pour télécharger des applications et une interface soignée et plus travaillée que les télés classiques, facilitant l’accès aux services web annexes (services de VOD en ligne, catch-up TV des networks etc.) et aux périphériques branchés sur le téléviseur. Les télé-connectées tentent d’offrir aux téléspectateurs une expérience utilisateur jusqu’ici absente des postes de télé classique.

C’est sur ce marché que s’est lancé Google en 2010 en proposant Google TV. Ce système d’exploitation développé par la firme de Mountain View est proposé aux fabricants de téléviseurs pour l’intégrer à leurs écrans plasma. GoogleTV propose un accès facilité au web et un App Store pour télécharger des applications adaptées aux grands écrans, sur le modèle de son Android Market destiné aux smartphones sous Android et de son Chrome Web Store (web apps pour son navigateur Google Chrome). Le géant de la recherche a également passé des accords avec Netlfix, le n°1 de la location de vidéos en ligne et des networks telles que CNN, FOX et NBC pour proposer du contenu directement depuis son interface télé.

Si Google a rencontré des difficultés pour convaincre avec son système c’est pour une raison simple : attirés par la facilité que proposait Google avec son offre clé en main ne nécessitant aucun développement et aucune infrastructure, les fabricants de TV semblent finalement opter pour le développement de leur propre interface et y toucher ainsi les revenus qui en découlent (notamment à travers les boutiques d’applications par exemple, ou en négociant avec les networks et les studios pour la mise à disposition de contenus exclusifs).

Google (comme Apple avec son AppleTV et nos fournisseurs d’accès à internet français avec leur box), propose également son OS GoogleTV sur des boîtiers reliés à la TV. Ces boîtes appelées set-top-box ont pour inconvénient que lorsqu’un téléspectateur allume sa télévision il n’a pas immédiatement accès à l’interface de ce boîtier mais à celle plus classique de son téléviseur. Elles créent un moyen d’interaction supplémentaire mais compliquent l’ergonomie de la télé.
Or, le but de la télé-connectée est d’être un appareil tout-en-un proposant une ergonomie simplifiée et une nouvelle expérience, centrée sur le contenu et l’utilisateur.
L’enjeu de la télé-connectée réside donc ici, être au premier plan et directement intégré afin que lorsque l’individu allume sa télé il vive immédiatement une expérience comme celle qu’il retrouve sur son AppleTV, sa Freebox Revolution ou sa Playstation 3.

Les fabricants de TV ont parfaitement intégré ce concept dans leur stratégie et travaillent sur des télés aux ergonomies plus travaillées.
Tous les constructeurs du secteur s’y sont mis mais on peut noter les efforts plus marquants de LG ou Samsung ayant élaboré une interface plus soignée et conviviale que les autres constructeurs.

Exemple LG :

Mais la télé-connectée ne s’arrête pas à l’interface, même si personne ne doute que ce sera la force de la télé d’Apple qui devrait sortir en 2012, à force de rumeurs persistantes, de brevets déposés et d’ingénieurs embauchés par la firme de Cupertino.
Source : http://www.igeneration.fr/apple-tv/apple-en-tournee-pour-vendre-sa-tv-71202

La télé-connectée change radicalement le but même de l’appareil TV. Terminal récepteur et diffuseur de contenus audiovisuels en flux direct (à moins d’y brancher des périphériques tels que des magnétoscopes, des lecteurs DVD/Blu-Ray ou des set-top-box), une fois reliée à internet, la télé connectée permet de devenir récepteur et émetteur de contenus et donne ainsi accès à plusieurs nouveaux services pour le téléspectateur.

En France, même si ces caractéristiques ne sont pas intégrés directement dans le téléviseur, nous avons accès à des services semblables que l’on retrouve dans la télé-connectée depuis des années grâce aux boîtiers de nos fournisseurs d’accès à internet, l’expérience utilisateur en moins (quoi que cet aspect est entrain de changer avec les nouvelles générations des box de Free, et dans une moindre mesure Orange et SFR).

L’objectif réside donc dans l’intégration du système d’exploitation dans la télé pour court-circuiter les vendeurs de set-top-box. Cet enjeu est important pour les fabricants car avec les télé-connectées, ils ont parfaitement compris que l’occasion était trop belle pour ne pas tirer des revenus complémentaires des appareils qu’ils vendent. Le téléspectateur se retrouve gagnant dans tous les cas, puisqu’il aura une télé tout-en-un avec une interface soignée et aura accès de manière simple aux services qu’il utilise sur le web, avec toujours plus de contenu qui lui seront proposé.

Mais pour l’instant, les boîtiers GoogleTV ou AppleTV, et même les TV connectées de LG et Samsung n’ont pas encore connu de grand succès dans notre pays. La raison est simple : pourquoi payer pour des boîtiers que l’on a gratuitement (ou en location pour quelques euros par mois) avec notre forfait ADSL, de plus sans offre de contenus comparable à ce que propose les fournisseurs d’accès à internet ?

Une question qui risque de vite trouver sa réponse, puisque ces acteurs ont compris que pour percer le marché de la télévision, stratifié, il fallait le globaliser. Un risque énorme pour les médias français dont leurs revenus dépendent des recettes publicitaires générées lors de la diffusion de programmes étrangers (esentiellement américains…) sur leurs chaînes.

Que se passera-t-il pour elles demain, lorsque le dernier épisode des Experts sera disponible d’abord sur iTunes et sur la télé d’Apple avant d’être diffusé sur TF1 ? Certes, c’est déjà le cas puisque TF1 propose en vidéo-location des séries américaines, 24 heures après leur diffusion aux Etats-Unis, mais sur son service vidéo à elle. Une exclusivité qu’elle a négocié. Mais jusqu’à quand ? Avec l’arrivée des télé-connectées, des applications, et de la connexion au web, les médias français devront affronter la concurrence des médias américains d’une part qui auront peut-être envie de percer le marché français sans investissements majeurs en passant par le web et des acteurs digitaux de l’autre (YouTube, Dailymotion, iTunes pour ne citer qu’eux trois) ayant un business-model à mi-chemin entre la gratuité et le contenu payant.

Derrière la télé-connectée se cache un autre changement majeur : la façon dont on utilise tous nos appareils multimédias qu’ils soient ordinateurs, tablette, TV, console de jeux et smartphone. Si les seconds écrans sonnent la fin de la télé familiale, ils mettent aussi un point d’honneur à tuer à petit feu l’ordinateur et dans une certaine mesure la console de jeux. Désormais, la télé-connectée sera notre plateforme centrale de divertissement et d’accès à l’information, une fenêtre ouverte sur le monde numérique. La tablette sera notre appareil multimédia personnel, permettant de communiquer avec l’écran principal de la maison lorsque nécessaire et servant de moyen d’interaction pour jouer et se divertir. Toutes nos données seront dans le nuage et accessibles n’importe quand, n’importe où, à la carte, perdant la notion même de propriété culturelle.
Comme avec les smartphones, les applications développées pour les télé permettront de nouveaux paradigmes. Chaque annonceur aura l’opportunité, via une application, d’avoir sa propre chaîne et son propre univers proposant du contenu exclusif au téléspectateur, il deviendra son propre médium, à la fois producteur et distributeur de son contenu ne dépendant plus des médias classiques pour promouvoir ses biens et ses services. Du côté du jeu, les applications TV permettront de voir fleurir des jeux familiaux sur grand écran, laissant les blockbusters et autres jeux spécialisés pour les consoles plus puissantes. C’est ce qui s’est passé avec les consoles de jeux portable et les smartphones.

La télé-connectée sera une destruction créatrice bien plus importante que la musique numérique l’a été pour la musique et que le marché des smartphones l’a été pour la téléphonie mobile. Car contrairement à la musique ou à la téléphonie, la télévision est un marché stratifié, touchant plusieurs secteurs et avec des acteurs encore très locaux. C’est tout le business-model en entier du marché de la télévision qui risque de se transformer en passant au web, laissant peu de place pour les acteurs historiques s’ils ne s’adaptent pas.

Deux marques commencent à avancer quelques pions de leur stratégie et on entrevoit déjà les possibilités énormes et l’avance qu’elles ont sur le marché du divertissement. Ces deux marques ce sont Apple et Samsung (et dans une moindre mesure Google, puisque la stratégie logicielle de Samsung repose sur Google).

Avec l’iPhone et l’iPad, Apple a déjà trouvé le moyen d’interagir avec sa future télé. Sa boutique en ligne iTunes Store composée de musiques, de films, de séries, de podcasts, de livres numériques et d’applications ainsi que ses relations avec les éditeurs de contenus que ce soient les networks, l’édition, les majors et les studios, lui donnent un temps d’avance. Siri, son système de reconnaissance vocal, mais aussi iCloud + iTunes Match son offre de services dans le nuage montre qu’Apple a toutes les cartes en mains de l’user experience pour sortir une télé nouvelle génération connectée au web, proposant à la fois le contenu, les services et l’appareil.

De son côté Samsung a également toutes les cartes en mains avec ses appareils mobiles comme Apple et l’expérience de la télévision en plus, ce qui lui donne un temps d’avance et une marge de manoeuvre énorme par rapport à son partenaire industriel et concurrent américain (certains composants de l’iPhone sont fabriqués par Samsung). Du côté du contenu et des services, Samsung compte sur Google avec ses Google Apps, son système Google TV, son service Google Music et YouTube, dont Google commence à mettre à disposition sur son service d’hébergements de vidéos, la location de contenus (lire : Google signe un accord avec Disney pour la distribution de contenus).

La télé-connectée n’est donc pas simplement un nouvel appareil permettant des interactions inédites pour l’utilisateur, mais tout simplement un nouveau média en lui-même. À mi-chemin entre l’ordinateur de salon et la télé familiale d’autrefois, ce nouvel appareil hybride ouvert sur les réseaux de l’information et de l’accès au divertissement est à l’origine d’une nouvelle ère pour la télévision où le téléspectateur devient acteur, récepteur mais aussi émetteur de son propre contenu. Le média de masse qu’était la télévision vole en éclat pour devenir un gigantesque média de niche comme l’est déjà internet. À la clé de ce nouveau média et de ce nouvel appareil, une nouvelle façon de consommer de la vidéo basé sur la personnalisation, l’interactivité et l’adaptabilité (je regarde ce que je veux, quand je le veux).

Les Social-TV, de l’interactivité avec son grand écran

De l’autre côté, la Social-TV est un terme fourre-tout représentant beaucoup de choses. Si la télé-connectée peut se résumer à l’appareil en lui-même, la Social TV peut s’apparenter quant à elle à l’activité sociale que l’on a en regardant la télévision. Cette activité sociale peut se faire via la télé directement (via le HBBTV ou des applications, cf plus bas) ou à travers des appareils mobiles comme les smartphones ou les tablettes. La Social-TV est donc une expérience offerte à l’utilisateur par du contenu ou par des solutions logicielles, quand la télé-connectée désigne votre écran plat nouvelle génération connecté à Internet.

Les véritables enjeux pour les networks et les médias se trouvent donc dans la Social-TV, autour du développement de contenus interactifs, laissant la bataille des télé-connectées aux constructeurs, aux géants de l’informatique et aux fournisseurs d’accès à Internet.

La Social-TV engendre avec elle, un nouveau type de téléspectateur, le télénaute. Plus seulement télespectateur, le télénaute est un acteur situé au coeur du dispositif TV, cherchant à vivre une expérience riche en contenus autour de son programme, en prenant appui sur les réseaux sociaux qui enrichissent son expérience TV par des conversations en temps réel autour des émissions qu’il regarde. Comme l’explique Meta-Data, “dans une culture de retransmission, c’est le partage qui devient fédérateur, et le public qui devient auteur, éditeur, coproducteur et bien sûr, commentateur. Aux créateurs et producteurs traditionnels désormais d’y penser en amont. Comme à l’enrichissement contextuel, consommé sur un second écran, et qui permet aussi d’en savoir plus”.

Si les réseaux sociaux permettent de commenter et d’interagir en direct sur les programmes diffusés, les plateformes comme YouTube et Dailymotion participent à la création de contenus (cf la génération User Generated Content abordé dans notre dossier sur l’histoire de la vidéo en ligne).

Les networks n’ont pas encore pris pleinement conscience de la mutation de cette nouvelle forme de téléspectateurs qui s’engagent dans les programmes qu’ils visionnent et qui génèrent du contenu autour des émissions. Les chaînes françaises ont commencé timidement à développer des services sur les réseaux sociaux liés à la diffusion de leur contenus, mais c’est encore une goutte d’eau dans un océan numérique.

TF1 teste depuis novembre dernier un service baptisé “TweetReplay” et basé sur le réseau social, Twitter. TweetReplay permet aux téléspectateurs de revisionner une émission déjà diffusée sur la chaîne et d’accéder aux tweets publiés sur Twitter durant la diffusion en direct de l’émission.
Le principe est simple, les internautes commentent via Twitter et des hashtags (mots-clés) pré-établis par TF1 leurs émissions préférées diffusées sur la première chaîne française en direct. TF1 sélectionne ensuite les meilleurs tweets et les synchronisent en fonction de l’heure à laquelle ils ont été publié avec le bon moment de l’émission. Si le concept reste simple (mais complexe à mettre en place), il n’en reste pas moins limité, puisque le public n’a accès à l’ensemble des tweets que lorsque l’émission est terminée. Au moment de la diffusion de Danse avec les stars, TF1 a réunit 11 200 followers qui se sont échangés 9600 tweets (soit une moyenne de 62 par minutes)
source : http://www.ecrans.fr/TF1-invente-le-tweet-replay,13640.html

Ce test grandeur nature permet à la chaîne de réfléchir à son exploitation avant de généraliser son utilisation (et sa publication en direct via des “Tweetrooms” ?) pour l’élection présidentielle ou la coupe d’Europe de Football en juin prochain.
L’objectif pour TF1 et de centrer les conversations sur ses émissions autour des services de son site et de créer des conversations, voir des communautés autour de ses programmes.

D’autres sites se sont lancés sur le marché du livetweet TV, un créneau en plein essor et qui fonctionne tant le surf sur le web en même temps que l’écoute de la télévision s’est généralisée. Selon Twitter, 80 % des tweets seraient générés par un programme télé. Et 62 % des femmes et 49 % des hommes sont connectés à Internet pendant qu’ils regardent la télé (source : http://www.ecrans.fr/TF1-invente-le-tweet-replay,13640.html)

M6 commence également à utiliser les réseaux sociaux dans sa stratégie de diffusion de ses propres programmes. La chaîne s’est quant à elle servit de Facebook pour faire voter les internautes pour leurs candidats préférés de l’émission “La France a un incroyable talent” via la page officielle Facebook de l’émission. Cette première en France n’était bien sûr pas gratuite, l’internaute qui utilisait ce moyen de vote devait effectuer un paiement de neuf Facebook Credits, prix équivalent d’un SMS surtaxé. Le dispositif était accessible pour chaque prime time depuis internet ou via l’app Facebook pour iOS.
Dans une interview à Clubic, Julien Codorniou, directeur du développement de Facebook en France explique que le premier réseau social au monde souhaite travailler d’avantage avec les networks pour renouveler ce genre d’expériences dont les utilisateurs sont friands, mais aussi aller plus loin en proposant une mosaïque sociale des programmes TV à chaque membre du réseau en fonction de ce que son cercle d’ami à visionné ou recommandé. Basé sur l’open graph, cette recommandation prendrait la forme de ce que Facebook fait déjà pour la musique avec Spotify en informant ce que nos amis ont visionné. Facebook travaille avec M6 et Canal+ pour mieux intégré l’aspect social dans leur stratégie de diffusion de leurs programmes.

Le réseau social souhaiterait également intégrer ces recommandations directement au coeur des box ADSL et des télé-connectées, permettant ainsi de savoir ce qu’un ami a visionné comme programme, quelle chaîne il regarde actuellement, ce qu’il recommande, voir même ce qu’il a enregistré.
(source http://www.clubic.com/internet/facebook/actualite-464292-jeux-medias-facebook-parie-sociale-commerce.html)

Ce partage de programmes TV à la sauce sociale 2011, Orange l’expérimente déjà depuis deux mois avec Orange TV Check. Inspiré de Foursquare, le réseau social de jeu et de micro-blogging basé sur la géolocalisation, Orange TV Check permet de faire des “checks” non pas dans des lieux mais sur les programmes que l’on regarde. En clair, l’utilisateur checke son programmme, donne des conseils, les commente en direct, et peut même publier des photos liées à son check.
Mais quel est le but ? Intégrer l’aspect social à la consultation des programmes audiovisuels, le tout en direct. On peut ainsi devenir le “Master” (maître) d’un programme, gagner des badges… et dans le long terme pourquoi pas être invité sur le plateau de l’émission dont est le Master, gagner des produits dérivés voir des offres commerciales. Enfin, tout comme le permet Foursquare, TV Check permet de partager ses checks et ses publications sur Facebook et Twitter. En terme de publicité, Orange TV Check s’annonce prometteur tant les possibilités sont grandes pour les marques.

TVcheck sur iPhone par Orange Innovation from De la pub mais pas que on Vimeo.

Aux Etats-Unis, un service identique existe depuis quelques mois et connaît un succès grandissant, il s’agit de GetGlue. Tout comme Orange TV Check, GetGlue est un réseau social inspiré de Foursquare mais lié au divertissement. Contrairement au réseau social d’Orange, GetGlue ne se concentre pas que sur les programmes télé et est ouvert au cinéma et à la musique.

Toujours aux Etats-Unis, des sites ont été créé pour mesurer l’engagement social d’une émission diffusée en direct à la télévision. Un des exemple est Treendrr.tv. Le site mesure l’interaction qu’a généré une émission sur les réseaux sociaux durant sa diffusion.
Exemple, l’émission musicale américaine X-Factor génère en moyenne 7 millions de tweets durant le show. Sans compter les tweets qui n’ont pas pour mot-clé (hashtag) X-Factor, les messages de la page Facebook, les forums sur Internet et des conversations privées sur le chat de Facebook, Skype ou encore les messages privés de Twitter. Ce site montre une nouvelle forme de mesure d’audience d’un programme TV par l’engagement du spectateur à travers les réseaux sociaux. Ue mesure plus intéressante que la mesure d’audience classique basée sur la passivité du téléspectateur devant son écran.

Ces trois exemples, parmi des centaines, montrent l’importance qu’ont pris les réseaux sociaux dans la diffusion des programmes. Ils montrent les nouvelles possibilités qu’ils offrent aux chaînes avec des utilisateurs commentateurs engagés sur les émissions

Mais la Social-TV ne se résume pas qu’aux réseaux sociaux, son objectif étant la valorisation du contenu, l’interaction entre le programme et le téléspectateur et l’expérience.

La première grande innovation qui devrait être déployée en 2012 pour certains grands évènements puis par la suite généralisée à tous les programmes est le HBBTV.
Cette norme, devenue un standard européen, est une sorte de télétexte nouvelle génération permettant au télénaute, via sa télé-connectée, d’avoir accès à tout un tas d’informations supplémentaires lorsqu’il regarde un programme TV.
Exemple : une émission de cuisine est diffusé sur M6, je peux avoir accès, via le HBBTV et une interface venant s’apposer sur le programme que je visionne, à la recette détaillée, aux ingrédients, aux photos ou vidéos de chaque étape de la recette et aux recettes complémentaires par exemple.
Là aussi, comme pour Orange TV Check, les possibilités pour les annonceurs sont immenses. Si je reprends l’exemple de ma recette de cuisine, je peux mettre des liens pour acheter tel ou tel produit en ligne.

Autre possibilité, le HBBTV pourrait permettre par exemple lors de la diffusion de films ou de séries de connaître en temps réel plusieurs informations comme le nom des acteurs, les informations sur le film le tournage, les musiques entendues dans la série (ce que fait en partie Shazam, voir plus bas) ou encore ce que porte les personnages (ce que propose TV Wallet voir plus loin).

Le HBBTV est actuellement testé par France Télévisions sur certains programmes. Lors du championnat de Tennis de Roland-Garros, cette année, France Télévisions a fait quelques démonstrations. Voici une vidéo qui montre les possibilités avec des programmes sportifs (accès aux statistiques, aux fiches des joueurs, aux temps forts du match passés etc.) :

A l’occasion, de la conférence LeWeb “11, Bernard Fontaine (Directeur de la Prospective Technologique chez France Televisions) revient sur la définition de la télé-connectée :

Si le HBBTV s’annonce prometteur tant les possibilités sont énormes, il pourra très bien intégrer des fonctions sociales comme aimer une page d’un programme en direct, commenter l’émission via un menu Twitter etc.
Facebook et Twitter ont d’ailleurs fait leur apparition sur la Freebox. Pour l’instant les réseaux sociaux bénéficient uniquement d’une interface adaptée à la TV, mais c’est un premier pas, vers une intégration plus poussée.

La Social-TV ne s’arrête pas à la richesse du contenu et au partage social, mais permettra aussi des interactions poussées entre smartphones, tablettes et téléviseur. Des applications ont déjà été développés en tant que dispositif test.

L’application Shazam, disponible sur smartphone et tablette, expérimente aux Etats-Unis depuis quelques mois de nouvelles formes d’interactions entre programmes musicaux et utilisateurs. Très populaire pour pouvoir reconnaître un musique en écoute, Shazam est entrain de changer de modèle pour s’orienter vers la distribution de contenus lors du tag de musiques. Devenue gratuite, l’application permet à un utilisateur de taguer une musique ou un clip-vidéo avec lequel Shazam a noué un partenariat au préalable. L’utilisateur a ensuite accès à tout un tas d’informations, des goodies et peut participer à des jeux-concours pour gagner des lots.
Par exemple, lorsqu’un utilisateur tague le dernier clip de Mariah Carey et Justin Bieber (All I Want For Christmas is You), en plus d’avoir accès aux informations sur la chanson, le lien pour l’acheter sur iTunes, il peut voir en temps réel les paroles et a la possibilité de gagner les vêtements de la marque portée par Justin Bieber dans le clip ou encore des produits dérivés liés au dernier album de la pop star.

Shazam intègre également l’open graph de Facebook et permet de partager auprès de ses amis les morceaux que l’on a tagué.
Si Shazam se concentre encore essentiellement sur la musique, et n’intéragit avec la télé que lorsque les clips vidéos sont diffusés, ce système pourrait s’étendre aux films, aux séries TV et aux émissions en direct, proposant du contenu exclusif à l’utilisateur.

Au-delà du contenu “exclusif” offert à l’utilisateur à travers des applications comme Shazam, Orange TV Check et GetGlue, les smartphones et tablettes sont des appareils permettant de pousser l’interactivité entre le show et le télénaute à travers les tablettes.

Aux Etats-Unis, la startup TV Miso a développé deux applications pour ABC et Showtime permettant aux téléspectateurs de Grey’s Anatomy et de Dexter de prolonger l’expérience de leur série préférée sur leur iPad mais surtout d’obtenir du contenu supplémentaire sur l’épisode qu’ils regardent en direct. L’application génère et distribue le contenu en étant synhcronisé avec la diffusion de l’épisode. L’utilisateur peut, pendant l’épisode, répondre à des questions sur la série, donner son avis sur les intrigues, dialoguer avec les autres fans via twitter, accéder aux photos de l’épisode, aux fiches des personnages, aux résumés des épisodes précédents et beaucoup d’autres choses encore :

Ce type d’applications est testé également avec des évènements sportifs. L’application Grand Prix F1 sur iPad permet de suivre l†ors de la diffusion d’une course de voitures le trajet des voitures, la position de chaque sportif sur le parcours, mais aussi d’accéder aux fiches techniques des écuries et connaître toutes les informations sur le championnat de F1.

Dernier exemple TV-Wallet permet grâce à une application iPhone/iPad ou une TV-App et une synchronisation avec les programmes TV de connaître et d’acheter des éléments vus dans les séries TV et les films. Vêtements, gadgets électroniques, livres et même produits dérivés, TV-Wallet a passé des partenariats avec les networks américaines pour référencer des listes de produits relatives à chaque épisode et propose son catalogue lorsque l’épisode de la série ou le film en question est diffusé. Ainsi TV-Wallet permet en quelques clics d’acheter le costume de DiNozzo dans NCIS, où de connaître la modèle de chaussures porté par Serena dans Gossip Girl.

En 2010, le MIT’s Technology Review considérait la télé-connectée comme une des 10 plus importante technologie émergeante des années à venir. Rien d’étonnant à ce que comme pour le mobile, des start-up misent sur ce nouveau marché pour créer de nouvelles applications et de nouvelles manière de consommer la télévision et d’intéragir avec elle.
Comme twitter, facebook, foursquare et plus récemment le social mobile commerce ont créé de nouvelles habitudes avec nos smartphones, il faudra s’attendre à avoir de nouveaux types d’interactions avec notre télévision dans les mois à venir.
Pour Bruno Patino, directeur général du numérique à France Télévisions, la télévision connectée, « ce n’est pas seulement un téléviseur connecté à Internet. C’est une nouvelle façon de regarder la télévision. Unité de lieu, unité de temps: tous ces critères volent en éclats. L’expérience télévisuelle se fragmente, se consomme à tout moment, en tous lieux, et se partage avec des inconnus ou avec les proches ».
http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2011/12/05/tele-connectee-une-offre-complexe-autour-d-enjeux-cruciaux_1611355_3236.html

-JR-

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